Hommage à Maria Caulé

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Nous voici donc réunis en ce samedi 13 décembre 2014 autour de toi pour te dire au revoir.

Une cérémonie des adieux que tu voudrais la plus légère et la plus simple possible tant il est vrai que tu parlais de la mort comme on parle de la vie, c’est-à-dire comme quelque chose de naturel et d’inéluctable, une sublime légèreté avec un petit sourire au coin des lèvres, pour nous épargner les larmes et le chagrin que tu t’excusais presque de provoquer.

Cette leçon de vie au seuil de ta mort nous a tous émus et plus encore parce que nous avons été « bluffés » par cette force qui émanait de ta personne, demandant encore des nouvelles des vivants à quelques secondes de ton dernier soupir…

Tu es morte comme tu as vécu, avec cette force et cette détermination formidable de mettre à l’écart cette fin qui se profilait et de lui dire en catalan : « No Pasaran » !

No Pasaran ! C’est toute ton histoire, celle de la défense des valeurs républicaines par la victoire du Front Populaire en 1936, puis celle qui a nourri de triste manière toute ton enfance sous la dictature féroce de Franco en Espagne et plus particulièrement à Barcelone où tu as vécu avec tes parents et ton frère, découvrant avec horreur les atrocités de la guerre civile.

Celle d’une famille décimée par la guerre et la fidélité à ses idéaux puisque ton père sera déporté politique, envoyé en camp de travail dans le Sud de la France, première étape vers le camp de Mauthausen où il y restera 5 ans (de 1940 à 1944).



En 1947, vous fuyez, quittant Barcelone avec ta mère et ton frère. Vous franchirez clandestinement la frontière avec l’aide d’un passeur pour rejoindre votre père qui se trouve à Paris depuis sa libération.

Tu as 11 ans à ce moment-là, l’âge supposé de l’insouciance. Toi, tu n’as connu que le bruit du canon, la peur au ventre, la faim qui tenaille, la peur de perdre sa maman et la duplicité de certains adultes qui tournent casaque du côté le plus fort.

De là, peut-être, ton attirance pour le monde de l’enfance, ton désir de leur faire la lecture, ton envie de faire partager tes émotions autour d’une belle illustration.

Si tu t’es si bien entendu avec les enfants, c’est parce qu’en toi, du plus profond de ton être, se réveillait l’émerveillement de l’enfance, celle qui t’a été longuement confisquée et que, par la magie de la résilience, tu as su réintroduire dans ton présent.


En 1957, tu rencontres Guy, ton Guy, dans une auberge de jeunesse de la région parisienne. Vous partagez tous les deux les mêmes valeurs. Le monde est à vous. Nous sommes dans la France de la reconstruction, tout est possible, enfin un monde à façonner selon les idéaux de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. Et c’est dans le mouvement de l’éducation populaire que vous forgez votre expérience du partage de la vie en groupe, de la communauté, de l’amitié.

Cette fidélité, à vos modes de vie et de partage, perdurera très longtemps. C’est si vrai que pour ses 70 ans, ton toujours jeune Guy avait suggéré en cadeau d’anniversaire une toile de tente !

Après ses 27 mois en terre africaine, vous vous mariez en 1959 à Paris. Guy, qui aime le travail bien fait, deviendra compagnon, tandis que toi Maria, tu travailleras en tant qu’employée de bureau.


En 1960, c’est la naissance de ton Serge pour lequel tu ressens une fierté sans borne et lorsque tu en parlais, on voyait tes pupilles s’agrandir. Tu n’oubliais jamais d’associer ta belle-fille Myriam dans la réussite  de  ce couple, et bien entendu, tes deux petites-filles, Léa et Elsa qui alimentaient tes conversations sans jamais cependant, tomber dans les lieux communs, ni dans les surenchères, mais simplement en te réjouissant des choix professionnels de Léa, de sa réussite précoce autour de la psycho-motricité, de sa capacité d’empathie et d’humanité, comme un aboutissement de l’éducation dispensée.

Tout comme les choix de formation d’Elsa dans l’orthophonie qui visent à réparer les vivants et à soulager les souffrances d’êtres différents.


En 1977, pour des raisons professionnelles, vous arrivez dans le Sud de la France avec une installation à Mons puis à Saint Etienne d’Alensac. Vous avez tissé à Paris tout un réseau relationnel d’amis fidèles, présents aujourd’hui autour de toi.

Enfin, en 1989, c’est l’arrivée à Saint Julien les Rosiers et l’installation dans cette maison au bord du Ruisseau Rouge qui a vu se dérouler tant d’heureux événements.

Très vite avec Guy, tu participes à bon nombre d’activités associatives sur la commune.

Très vite, on remarque ce couple qui apporte son dynamisme, sa manière de vivre et sa volonté de s’impliquer. On te remarque dans cette manière qui n’appartient qu’à toi d’être à l’écoute, curieuse des autres.


En 2001, tu entres au conseil municipal aux côtés de Nathalie qui t’a précédé de quelques jours dans la mort et pour laquelle nous avons une pensée reconnaissante. C’est une grande fierté pour toi et pour Guy aussi. Elue de la République au service des autres, tu tiens des positions courageuses, engagée sur la laïcité, sur le service public… Tu es de toutes les manifestations, de toutes les actions.

D’une loyauté sans faille, tu travailleras toujours pour mettre les autres en valeur avec une réelle humilité qui caractérise ceux qui possèdent une réelle force intérieure.


En 2008, tu poursuis cette très belle expérience en devenant adjointe à la médiathèque et à la petite enfance. Tu traverseras ce mandat avec beaucoup de plaisir et de satisfaction.

Tu noues un réseau relationnel avec les écoles qui se traduira par une augmentation de la fréquentation des classes à ta médiathèque. Tu y accueilleras des centaines d’enfants, si bien que ton prénom est devenu très familier sur la commune.


Pour toujours, il y aura eu la génération Maria, et même quand ces enfants seront adultes (certains sont déjà dans le secondaire supérieur), ils se souviendront de toi comme d’une adulte référente, une passeuse de rêve, une faiseuse de bonheur de lecture. Oui, tu auras fait beaucoup pour donner envie d’ouvrir un livre.

Les adultes ne s’y trompaient pas qui envahissaient le coin café le mercredi matin, et toi, maîtresse de cérémonie qui allait de l’un à l’autre sans oublier de parler de tes dernières émotions de lecture.

La toute dernière « Pas pleurer » de Lydie SALVAYRE qui t’a rappelé ton histoire comme si tu la revivais. C’était il y a quelques jours où tu avais encore la force de sourire et d’encourager du regard la présentation de Chantal, ta bibliothécaire préférée !

Ma chère Maria, on pourrait ainsi égrener nos souvenirs de toi durant des heures sur des pages et des pages tant tu as imprégné l’histoire de notre commune depuis 25 ans maintenant et ce, de plusieurs manières :


Renforçant son label de tolérance : tu combattais de toute la force de tes convictions étayées par ton histoire personnelle, les idées d’extrême droite, tout ce qui exclut l’autre, l’enferme dans des stéréotypes, toutes ces vieilles recettes qui flattent le nationalisme et l’égocentrisme. Tu savais de quoi tu parlais, toi qui avais fait la douloureuse expérience du parti nationaliste en Espagne.

Favorisant toutes les formes de convivialité car tu avais l’invitation facile et généreuse. (Ah, ces repas chez toi, copieux, savoureux, cuisine du Monde et breuvage adéquat !). Et Bien sûr, on y refaisait le Monde !...

Mettant les gens en relation car tu savais les réunir, faire profiter à d’autres la richesse d’une personnalité. Combien de personnes as-tu ainsi mises en relation et qui sont devenues amies par la suite ?



T’engageant sans hésitation dans la solidarité internationale aux côtés des plus démunis. Tu as connu au SENEGAL des moments d’intense bonheur et des émotions à fleur de visage au contact des populations sénégalaises, et en particulier les femmes qui avaient avec toi, par-delà nos cultures différentes, une relation de confiance, comme avec une grande sœur ou une maman.

T’occupant avec abnégation de ta mère dont l’état de santé très dégradé les dernières années de sa vie te demandait disponibilité à ses côtés et grande patience. A sa mort en 1999, tu étais alors plus disponible pour t’occuper des autres.

Epousant les passions de ton Guy, en particulier pour le chant choral et la belle aventure des « Fous Chantants », événement majeur sur Alès dans lequel toute la famille s’est impliquée.

Si bien qu’aujourd’hui, le nom de Maria claque comme un étendard, une manière d’être et de se comporter, un exemple formidablement moderne dans un art de vivre de grande dame.

Maria, toi la petite catalane aux origines modestes, sache qu’aucune noblesse n’égalera jamais ta grandeur d’âme.


Au moment de refermer le livre de ta vie,  je veux te dire avec force, au nom de tous ceux qui t’aiment et qui ont eu la chance de te côtoyer, combien, à ton contact nous avons appris. Oui, et ce fut une belle rencontre que celle qui nous a placé sur ton chemin.

Nous te promettons de continuer à œuvrer pour l’avènement d’un monde plus solidaire, comme celui de Picasso qui tient le Monde au bout de sa palette, ou celui d’Eluard des lèvres duquel s’envolent des colombes. Ils n’en finissent pas nos artistes prophètes, de dire qu’il est temps que le malheur succombe.



Ta France à toi, c’est la France de Ferrat. Tu l’avais d’ailleurs accompagné lors de ses obsèques dans sa dernière demeure au cimetière d’Antraigues-sur-Volane au milieu d’une foule immense.

Ta France à toi, c’est celle de 36 à 68 chandelles, à l’affiche qu’on colle le matin d’un dimanche, toi la petite catalane qui a toujours dit « no pasaran » à l’oppression des peuples, à l’injustice, à l’ignorance, à l’intolérance, à l’inhumanité, à l’asservissement des plus faibles, et en particulier des femmes et des enfants.

Nous te promettons, aux côtés de Marie-Claire, de Chantal et de toute l’équipe de bénévoles, de veiller sur ta médiathèque, pour que se prolonge et s’amplifie la démarche culturelle forte et engagée auprès des enfants, des jeunes et des grandes personnes au sein de cet espace Nelson MANDELA que tu aimais tant.


Nous te promettons aussi de rester aux côtés de ton Guy qui nous donne une belle leçon sur la dignité, sur la force et sur la tendresse, sur l’acceptation des choses, sur le renoncement, leçons souvent silencieuses car, tu le sais, il n’est pas donneur de leçons avec son calme légendaire, en dépit de ses émotions à fleur de peau.

Nous disons à Serge, Myriam, Léa et Elsa, toute notre compassion et notre sincère amitié.

Nous saluons la belle famille, Madame et Monsieur QUIOT, leurs enfants et petits enfants, cette belle tribu solidaire et compacte qui a fait le bonheur de Maria lors des nombreuses fêtes de famille.

Nous saluons aussi toute la famille de Paris ou d’ailleurs.



Maria, ils sont nombreux tes amis, et sur la palette de l’amitié, ils représentent toutes les couleurs les plus chaudes de l’arc en ciel, rencontrés su tous les chemins que tu as empruntés dans ta vie. Ils sont nombreux à être là, cet après-midi pour t’accompagner sur ton dernier chemin.

Tes compagnons des différents conseils municipaux te saluent, qui perdent avec toi, un tempérament, une conscience libre et indépendante, une voix pleine de sagesse.

Adieu très chère Maria, repose en paix. Nos cœurs sont tristes, mais grâce à toi, pleins de courage, d’envie et de désir.

Merci du fond de nos cœurs pour ton exemple et la beauté de ta vie

Maria

21 juin 1938 – 9 décembre 2014

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